Francophonies et mondialisation des productions culturelles, littéraires et artistiques

Responsable : Maxime Del Fiol

Dans le contrat précédent, le programme s’était construit au départ autour des littératures « francophones », entendues comme regroupant d’une part les littératures de langue française non françaises produites au sein d’espaces littéraires plus ou moins autonomes en dehors de la France (littératures des régions/provinces francophones du Québec, de Suisse romande et de Wallonie, ainsi que les littératures des sous-espaces francophones au sein de littératures nationales plurilingues, comme par exemple en Afrique subsaharienne, au Maghreb, au Machrek, aux Antilles ou dans l’océan Indien), d’autre part les littératures de langue française des espaces français post-coloniaux des Outre-mer (aux Antilles, dans l’océan Pacifique et dans l’océan Indien), et enfin les productions des écrivains « venus d’ailleurs », nés à l’étranger, socialisés dans une autre culture, dont la langue maternelle n’est pas le français ou le français de France, mais qui écrivent en français et qui « passent » par la France, pour s’y installer provisoirement ou durablement, qui sont publiés en France, et qui de ce fait s’intègrent aussi dans l’espace littéraire français et se situent ainsi dans un entre-deux entre les langues, les cultures et les espaces littéraires. Ces écrivains et ces littératures ont été étudiés par Marie Bourjea, Maxime Del  Fiol et Claire Ducournau, auxquels se sont joints dans un second temps, après leur arrivée dans le laboratoire, Lambert Barthélémy et Buata Malela, dans une perspective de critique littéraire, d’histoire littéraire et de sociologie de la littérature. Très vite cependant, le programme, tout en conservant son « cœur » littéraire, a évolué par élargissement de son périmètre disciplinaire au-delà de la littérature du livre. Claire Ducournau s’est intéressée de près aux productions médiatiques (revues, journaux) d’Afrique subsaharienne francophone :  fondées notamment sur des mobilités et des partenariats avec des collègues situé·es au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Bénin, ses recherches ont été soutenues par l’Institut universitaire de France de 2019 à 2025, via un projet intitulé « Entre journalisme et nomadisme : écrivain·e·s d’Afrique subsaharienne francophone dans l’espace public ». L’arrivée dans le laboratoire de Pénélope Dechaufour a permis d’intégrer le théâtre subsaharien et antillais d’expression française, avec une forte attention portée sur la dimension scénique. La collaboration d’Eric Villagordo a permis quant à elle de faire entrer le genre verbo-iconique de la bande dessinée, notamment belge et africaine d’expression française, autour de la question de la représentation de l’altérité.

Pour le contrat 2027-2031, le programme continuera à prendre pour cadre de référence la francophonie comme espace transnational où le français, comme langue première ou comme langue seconde, selon une multitude de configurations linguistiques et d’héritages historiques, est une langue importante de création culturelle, littéraire et artistique. Il se propose de prolonger les réflexions entamées dans le contrat précédent et d’élargir encore son périmètre disciplinaire pour étudier un nombre croissant d’objets et de pratiques témoignant de la diversité des échanges multiculturels et artistiques transnationaux en langue française, dans les différentes variations diatopiques du français et autour du français en contexte plurilingue en France et à l’étranger.

Les chercheurs spécialistes de littérature, tout en continuant à travailler sur les différents espaces littéraires, écrivains et textes francophones évoqués précédemment, particulièrement sur les espaces post-coloniaux des mondes arabes, antillais et subsahariens, ouvriront le programme à certains espaces francophones qu’il n’avait pas encore pris en compte jusque-là, comme l’océan Indien (Madagascar et l'archipel des Comores) et le Pacifique (Polynésie française et Nouvelle-Calédonie). Il s’agira également, dans le sillage des travaux sur l’« orientalisme intérieur » et la manière dont la littérature française (se) représente les dominations territoriales en France, de proposer une perspective à la fois littéraire et sociologique sur la représentation des littératures, des identités et des parlers régionaux, en intégrant notamment une réflexion sur la question des accents régionaux et de leur transposition littéraire et artistique dans le cadre de la domination de la norme linguistique, éditoriale et littéraire parisienne. L’association avec le programme « Formes et imaginaires multimodales de l’art » permettra enfin de nouvelles actions communes autour de la bande-dessinée, du livre d’artiste ou des albums de jeunesse.

Le programme introduira d’autre part des recherches sur les cinémas, les séries et les productions audiovisuelles francophones, ce qui constituera une innovation majeure depuis sa création au sein du laboratoire. L’association avec le programme « Écrans, mémoires et espaces transitoires » permettra notamment de mettre en œuvre des recherches conjointes autour du cinéma subsaharien et des actualités cinématographiques sénégalaises.

En ayant en tête les différents modèles proposés ces dernières années pour penser les processus de mondialisation des productions culturelles, artistiques et littéraires, il s’agira ainsi de comprendre les phénomènes de production, de réception et de circulations transnationales des œuvres et des auteurs/trices en français, en s’attachant tout particulièrement à la richesse et à la complexité de ces créations francophones dans des cadres plurilingues et/ou translingues. On prendra tout particulièrement en compte les questions des supports matériels de publication et de diffusion, des genres artistiques et littéraires, des rapports sociaux de sexe et de race, ainsi que des circulations des œuvres d’une langue à l’autre à travers leurs traductions. Pour mener cette investigation, le programme cherchera au plan scientifique et méthodologique à articuler les approches poétiques des œuvres avec les apports des sciences humaines et sociales, notamment l’histoire, la sociologie de la culture et l’ethnologie, ainsi qu’avec certains courants de pensée issus de la tradition intellectuelle anglo-américaine comme les cultural studies, les post-colonial studies, les gender studies et les globalization studies.

Au plan de l’environnement de la recherche, le programme pourra compter sur le soutien actif de la Maison des francophonies Montpellier Via Domitia, dont il partage la politique scientifique.

 

Dernière mise à jour : 08/09/2026